pour une histoire sociale de la place du Mont-Blanc

Publié le par Isabelle Madesclaire

Centre Taillibert photo021

Les élues et les élus ont exprimé au conseil municipal du 30 avril une volonté de renforcer la vie sociale qui a pris place autour de la MJC- crèche - groupe scolaire, dans l'architecture moderne des coupoles. Cette affirmation me paraît à retenir, car elle justifie la formation d'un pôle culturel dans ce secteur plutôt ingrat de la ville.Et, mine de rien, elle clôt plus de 50 ans d'hésitations, depuis la fin de la 2ème guerre mondiale.

Je rassemble ici des fragments pour une "histoire sociale" de la place du Mont-Blanc . Ils pourront peut-être inspirer d'autres, mieux à même que moi d'expérimenter ce lieu né voici 40 ans à partir d'un vide urbain.

A l'origine, une zone caillouteuse et inondable, peu convoitée par les habitants, et qui s'est trouvée reléguée à l'écart de la ville après la construction du Chamonix-Palace juste avant 1914 (aujourd'hui l'immeuble La Résidence). Traversait-on cet espace pour le trajet mémorable allant de la patinoire à la Pâtisserie des Alpes rue Vallot? Comment les habitants vivaient-ils ce lieu mal défini? Il faudrait recueillir des témoignages.

La création en 1970 du Centre scolaire et sportif de Chamonix Nord a bouleversé cette tranquille latence. Il est intéressant de lire aujourd'hui le laïus accompagnant les photos dans une plaquette de l'office du Tourisme,intitulée Chamonix aujourd'hui, sans doute vers 1977 :

"Une cité scolaire que Chamonix n'aurait pas pu offrir elle-même aux petits Chamoniards : elle a pu voir le jour grâce aux subventions de l'Etat..." Evoquant les 800 élèves dont 300 pensionnaires: "Cette véritable cité scolaire a été déclarée établissement pilote. Une réussite et un exemple : cette cité ne vit pas sur elle-même, elle est ouverte sur le sport, sur la culture, sur la bibliothèque de 20 000 volumes, sur la Maison pour Tous, sur la vie."

A l'époque ces discours étaient perçus comme de la propagande d'Etat, ce qu'ils étaient d'ailleurs. Certes chacun était conscient de la chance que représentait la création de ce complexe. Pour autant le langage officiel offert aux touristes était très écarté de l'expression locale, qui ne s'exprimait guère à l'extérieur.

Derrière cette dichotomie, on peut penser aux clivages sociaux qui ont eu des conséquences spatiales :

- l'évasion lente du centre par les familles les plus aisées, qui d'après le recensement de la population de 1928 avaient délaissé les immeubles vétustes loués aux immigrés italiens ou suisses et s'étaient installées aux pourtours, rive droite

- l'investissement de la rive gauche par les hôtels avec jardins et parcs, puis par l'avenue de la gare, limitant de fait l'extension de l'habitat dans ces secteurs

- la création dans les années 1970 d'un pôle traditionnel autour du presbytère, de l'église et de l'office du tourisme, dans lequel les chamoniards ont exprimé une reconquête de leur identité.

- en même temps, l'attraction du modernisme déchirait les aspirations économiques en deux : l'office du tourisme sur la place du Mont-Blanc, symbole d'une activité touristique compétitive et affairiste.

La place du Mont-Blanc était alors le point de fixation de la modernité, dans une certaine revanche contre un conservatisme social. C'était une situation de conflit, qui rendait les décisions difficiles. Rive droite ou rive gauche, vers où pencher ?

 

Aujourd'hui le brassage social se produit en ville comme en montagne. Ce "mixage" peut se lire dans l'espace :

- l'accueil touristique est maintenu dans le secteur traditionnel, en hauteur rive droite ;

- et la vie sociale a pris corps dans le secteur le plus moderne, à l'arrivée en bas rive gauche .

Cette inversion complique peut-être un peu l'organisation, mais le résultat est qu'il n'y a pas de ségrégation des trajets, ni de communautarisme par quartiers.

Un mini "campus" s'est formé  en synergie entre la cité scolaire et la MJC, dans un décor new-yorkais dénué de références folkloriques.

C'est pourquoi, à mes yeux, l'important dans les débats du conseil municipal tient au fait d'acter la vie sociale , et d'associer celle-ci à un "pôle culturel" , comme un tout. Sans être spectaculaire, cette décision reflète la lente réconciliation de la société.

J'ai encore à l'oreille l'opinion d'une élue, qui disait en substance : "ce qui est vraiment positif, c'est de pouvoir rapprocher le sport et la culture, là est la chance pour la vie sociale." Les rédacteurs de la fin des années 1970 n'auraient pas pu aussi bien dire.

Publié dans Urbanisme - PLU

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