pensée d'après un conseil municipal : histoire urbaine place du Mont-Blanc

Publié le par Isabelle Madesclaire

Le sujet principal de ce conseil du 30 avril était l'implantation du futur "espace culturel" . Comme prévisible le choix s'est porté sur la place du Mont-Blanc, après des années de tentatives les plus variées. Plusieurs avis étaient exprimés, une certaine place était accordée par le Maire Eric Fournier à la concertation, bref la décision s'est déroulée de façon tout à fait normale. Et c'est une de ces décisions de principe dont, sur le moment, on a du mal à mesurer les conséquences.

En cours de route, une allusion du maire aux projets d'antan pour la place du Mont-Blanc ravivait le passé : une pyramide, une immense coupole? S'ouvre pour moi une parenthèse, en cette salle même du Majestic où nous tenions un atelier ouvert, il y a 35 ans. 

Du coup, ce matin j'ai replongé dans ma thèse :

- l'âge d'or du Casino près du lac et de la patinoire,

- les hésitations de l'après-guerre, traduisant un désarroi après le super projet international vichyssois,

- une volonté naissante de plan d'ensemble du Bouchet jusqu'à la gare en 1949, lié au tracé d'une future route,

- un premier projet d'équipement sportif au Bouchet vers 1963, conçu par le maire Paul Payot,

- l'accélération à partir de la décision de la Route Blanche et du tunnel: le gouvernement évoque une étude d'intérêt national pour des "Portes de France" aux Barrats en 1960, point d'arrivée de la future route au sud de la ville de Chamonix; en 1965 les propriétaires des terrains lancent une étude de type ville nouvelle, comprenant une tour-signal, autour du futur téléphérique de l'Aiguille du Midi (1966). Il faudra encore dix ans avant que l'opération de Chamonix Sud soit définie.

- sur ce,  le nouveau maire en 1967 Maurice Herzog donne une autre échelle au projet en y adjoignant la cité scolaire et l'ENSA, justifiant ainsi la forte densité concentrée dans les tours, selon le dessin de l'architecte Roger Taillibert. Le projet est associé à la "pénétrante nord", nouveau point d'aboutissement obtenu pour la Route Blanche. La décision fut prise rondement, comme le furent nombre de modernisations lancées dans ces années d'emballement des "trente glorieuses". 

Il faut percevoir le balancement concurrentiel entre les deux pôles, Chamonix-Nord et Chamonix-Sud, d'amont et d'aval, qui ont structuré le développement de la ville à partir de 1970.

C'est alors que l'espace-terrain vague a été libérée des constructions parsemées et que le cloaque s'est transformé en place asphaltée, livrée au stationnement.

 

Le projet Taillibert pour la place du Mont-Blanc?  Le projet était ficelé vers 1975, quand les tours et les coupoles étaient sorties de terre. Le projet  a été voté au conseil municipal pour être inscrit au POS aux débuts de son étude (1975-77). Il s'agissait de créer une ZAC (zone d'aménagement concerté), comprenant une rocade de circulation autour de la place, un urbanisme sur dalle, 10 à 15 000m2 à construire, dans mon souvenir, mais je peux me tromper sur ce chiffre.

Curieusement, je n'ai pas gardé trace de ce projet. Pourtant il était lourd pour l'esprit. Une chape de plomb. Non que l'architecte soit en cause, mais c'était l'époque en général de ces projets immobiliers trop grands, lestés de trop d'intérêts pesant sur les décisions politiques et administratives. Au quotidien, tous nos efforts visaient à penser autrement l'urbanisme, comme si ces projets ne devaient pas se faire, comme si les méthodes que nous devions inventer à contre-courant pouvaient influer sur les orientations de fond. On n'imagine pas la souffrance à vif de ces années-là. Et la prise de risque ! Elle est tombée dans l'oubli du jour au lendemain, cette chape, lorsque partout les grands projets ont sombré dans la crise pétrolière, puis ont été enterrés par la réforme de la loi foncière qui s'ensuivit fin 1976.

En 1977, au POS de Chamonix, le virage est accompli, ou presque. Disparue la ZAC ; à sa place on trouve, inscrit au rapport de présentation, un énoncé de programme : "parking, liaisons urbaines, espaces publics, espaces verts, équipements collectifs (musée), hôtel, accueil touristique, départ bus, services publics". A part l'hôtel, pas de place pour l'immobilier...

Il est vrai que le zonage du POS était moins avancé : il avait fallu garder une zone dense de plan masse UBb, sans doute pour ne pas heurter de front tous les intérêts. Mais en cette époque de revirement, l'énoncé d'objectifs et d'un programme d'actions représentait un engagement moral plus fort que les anticipations règlementaires, dont on avait appris à se méfier.

C'est au fil des révisions du POS, en 1994, que les énoncés pour l'avenir de la place du Mont-Blanc ont été in fine limités aux équipements et espaces publics, rejoignant ainsi une volonté en filigranne depuis l'après-guerre.

 

Prochaine étape : éléments pour une histoire sociale de la place du Mont-Blanc, le balancement rive droite - rive gauche.

Publié dans Urbanisme - PLU

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