"Touche pas à la plaine de Passy", DTA, JO, ko ou ok

Publié le par Isabelle Madesclaire

Un comité d'action locale (ah les CAL, qui se souvient, c'étaient les Lycéens...) a été créé à Passy le 6 mars sous un nom parlant : "Touche pas à la plaine de Passy". Notons bien, il n'est pas dit : "à ma plaine". Il ne s'agit donc pas d'une tentative d'appropriation par un groupe, contre un autre groupe qui chercherait une mainmise sur le même territoire. Ce n'est pas une bataille de clans, en vue d'un partage de l'espace : nous ici, vous là-bas.

Mais alors, qu'est-ce donc que ce mouvement?

Ce sont les Verts, direz-vous. Certes, le Comité Anti-Olympique CAO a soutenu cette initiative, à laquelle ils ont même apporté eur expertise, d'après ce que relate la presse (tapez "touche pas..."), car ils ont potassé le dossier. Il y a aussi le mouvement associatif pour la défense de l'espace de la montagne, notamment le CIPRA (voir l'articleJO/DTA), rejoint pas Mountain Wilderness.

Mais, pas que. Il y a aussi des agriculteurs, ceux qui s'élèvent contre les excès de l'agriculture industrialisée. Il y a aussi, sûrement, beaucoup de personnes qui ne sont pas toutes écologistes, adeptes des Verts, ni altermondialistes, ni de gauche, ni gauchiste... Ils étaient plus de 1 000, peut-être près de 1 500, à Annecy le dimanche 2 mai, pour défendre pêle-mêle la loi Littoral (c'est réussi bravo), la DTA des Alpes du Nord, et le non aux JO. C'est tout de même une masse. Avec le message : on ne peut plus faire croire que la Haute-Savoie est massivement pour les JO.

A vrai dire, ce ne sont pas les dessous politiques qui nous intéressent le plus ici. Ce qui paraît à souligner, c'est que ce large mouvement d'opinion n'est pas "anarco-libéraliste". Ah bon? Non, voilà je m'explique.

Il semble, d'après la presse, que la création du "cal TPPP" (vous me suivez j'espère) ait été en partie motivée par le risque de non-opposabilité de la DTA, Directive Territoriale d'Aménagement, pour les Alpes du Nord, qui ne permettrait pas une réflexion sur la conformité des projets au développement durable.

Ce qui prouve que ces textes, qu'on croyait pondus par des intellos coupés du terrain, sont suivis localement et vécus dans la chair!

Le fait de prescrire des orientations qu'il faudra suivre, de définir des plafonds de construction, de préserver réellement des espaces naturels, écologiques ou agricoles, n'est donc pas le propre d'un noyautage gauchisant, mais émane d'un large courant de pensée - disons en gros, attaché aux classiques valeurs publiques et républicaines.

C'est pourquoi, on peut les définir comme n'étant pas des "anarco-libéralistes", si on définit ceux-ci comme des êtres viscéralement réticents à tout plafond de construction, norme urbanistique et énoncé d'orientations un tant soit peu précis, qui viendraient entraver la relation avec les constructeurs ou opérateurs. Ils sont loin de refléter une large opinion! Celle-ci au contraire, de tous bords, s'attend tout bonnement à ce que les pouvoirs publics fassent leur travail qui est d'indiquer, d'orienter, de maîtriser la cohérence, et de contrôler.

Ainsi, l'excès de libéralisme se traduit sur le terrain par un ravivement d'opposition, qui ne trouve pas à s'exprimer dans les votes électoraux, mais qui constitue le ferment d'une division croissante de la société. Il crée un petit chaos, en somme, et tout compte fait c'est peut-être son but.

 

Isabelle Madesclaire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article